Des
personnalités éminentes de
l’ingénierie nationale exerçant
de hautes responsabilités se
sont exprimées au sujet de la
contribution de l’ingénieur dans
le projet de progrès sociétal
engagé par le Royaume. Certaines
organisations politiques ont
organisé des journées dédiées à
cette thématique. Si la
démarché témoigne du souci
d’impliquer cette composante de
la société civile dans les
réformes et chantiers ouvert,
ces actions restent floues et
non ciblées, étant donné la
diversité fonctionnelle de
l’ingénierie
D’emblée et selon la logique de
projet de restructuration
proposée par le nouveau bureau
de la Fédération Marocaine du
Conseil et de l’Ingénierie (FMCI),
mon propos sera consacré
exclusivement à l’ingénierie
professionnelle du génie civil
et industries associés, le
bâtiment et les travaux publics.
L’apport des multinationales
Prenons d’abord le cas des
bureaux d’études et de conseil.
Après l’indépendance, plusieurs
sociétés européennes ont créé
des filiales au Maroc. Par la
diffusion de l’expertise dans le
secteur, l’apport technique de
ces sociétés est indéniable. Ces
filiales des majors européens du
conseil et d’études se sont
taillées la part du lion dans
les projets d’infrastructures
lancés pour asseoir les bases du
développement économique au
lendemain de l’indépendance. Il
fallait attendre le début des
années quatre-vingt pour voir
émerger les premiers bureaux
d’ingénieries nationaux (CID,
SCET, MARO, etc.) capables de
rivaliser avec les grandes
structures dominantes de
l’époque. Ces dernières ont par
la suite amorcé une sorte de
<<désengagement>> avec la prise
de contrôle de certaines d’entre
elles par des promoteurs
nationaux.
Dans le domaine des laboratoires
du génie civil, le seul
organisme datant de la période
coloniale a été racheté par les
offices marocains. Au départ,
son management a naturellement
cherché à préserver le monopole.
Cela a duré plusieurs décennies.
La fin justifiant les moyens,
l’essentiel était de garder le
contrôle absolu dans le domaine
des essais et de l’ingénierie.
L’exemple le plus frappant est
le combat que se sont livrés les
fondateurs du laboratoire
labometal pour leur existence.
Ainsi, ce monopole de fait a
empêché l’émergence d’une
ingénierie de laboratoires
compétitifs au Royaume.
Un chapelet d’erreurs
Le deuxième directeur général du
LPEE (Laboratoire Public
d’Essais et d’Etudes) n’a accédé
à la tête de cette institution
ni au bon moment ni avec la
maîtrise suffisante du secteur.
Son arrivée a coïncidé avec la
promulgation du code de la
concurrence et la restriction de
la procédure d’entente directe
par le gouvernement d’alternance
dans la passation des marchés
publics.
Sans prétendre à l’exhaustivité,
les erreurs du management
d’alors peuvent être résumées en
ce qui suit : lutte contre le
nouveau courrant d’idées en
usant de tous les moyens pour la
sauvegarde d’un monopole qui
était de toute façon condamné à
disparaître ; diversification
tous azimuts sans qualifications
suffisantes, (études de
faisabilité, études générales,
études d’hydrologies, missions
de conseil et d’assistance,
oubliant la vocation
d’un laboratoire, c’est-à-dire,
la mesure, le test fiables et
leurs interprétation).
La troisième grande erreur fut
de tenter par maintes
obstructions de bloque
l’aboutissement d’un décret de
qualification et classification
des laboratoires réglementant ce
secteur d’activités et refuser
l’arbitrage et la médication des
associations professionnelles
avec les nouveaux concurrents
qui s’installent.
Tout en refusant de
reconnaître d’adhérer à la
LABTP (Association des
laboratoires da bâtiment et des
travaux publics), entretenir des
relations occultes avec son
bureau permanent ; Ne pas
dénoncer le devenir de cette
association qui abritait des
membres connus pour des
manquements déontologiques
allant jusqu’à la délivrance de
certificats de complaisance.
Les maux qui rongent les
bureaux d’études
Par ailleurs, les
recommandations et orientations
du ministère de tutelle (l’Equipement)
n’ont pas été traduites sur le
terrain. Le management s’est
montré à l’époque incapable de
la moindre initiative pour
sauver cette institution et lui
faire jouer le rôle qui lui est
propre pour le Maroc
d’aujourd’hui. Quant aux problématiques quasiment
identiques, dont souffrent
aujourd’hui les BET (bureaux
d’études) et laboratoires nous
citons entre autres :
l’apparition et la recrudescence
du phénomène des <<signataires>>
suite à l’obligation de
présentation du plan armé pour
tout projet et à l’ouverture à
la concurrence ;
sous-qualification humaine et
logistique des BET et
laboratoires, etc.
La pression du lobby des
promoteurs immobiliers et des
entreprises de bâtiment (plus de
80% de sociétés exercent dans
l’économie informelle. De là
découle le rôle quasi passif de
l’ingénieur dans l’acte de
bâtir. L’exercice de
l’ingénierie est devenu statique
sans innovation : rapports
stéréotypés, photocopies collées
avec changement de chiffres en
l’absence d’approche spécifique
et de dispositions adéquates à
chaque cas de figure, etc.
Cette pratique met en danger la
sécurité du citoyen qui n’a pour
interlocuteur que le promoteur
immobilier. Les cas
d’effondrement d’immeubles sont
malheureusement la conséquence
des déviations mercantiles.
Peut-être que l’on devrait
imposer que chaque immeuble
dispose d’un véritable état
civil.
Je termine néanmoins par une
note d’espoir. Le nouveau bureau
de la fédération marocaine du
conseil et de l’ingénierie a
entrepris un vaste champ de
restructuration de cette
institution. Il est conscient du
constat actuel de l’ingénierie
et de la nécessité d’un plan de
redressement. Il faut aussi
saluer l’esprit de dialogue de
la direction actuelle du LPEE.
Son staff et son comité
stratégique s’ouvrent sur le
secteur privé avec prudence et
pragmatisme qu’apprécie
l’ensemble de la profession. Un
exemple : le différend opposant
le LPEE a connu une fin
heureuse. Le LPEE a été
finalement séduit par le L3E qui
a milité et versé dans le même
combat de qualité et de service
utile rendu à la nation.