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Mardi 6 Janvier 2009

 

CPR: Publications

   

Séismes : le Maroc est-il suffisamment préparé ?

Par Zaki SEKKAT

Docteur Ingénieur en Génie Civil

Dr Zaki SEKKAT

Economiste

Mardi 8 Juillet 2003

Avec le développement et l’urbanisation qu’ont connus les villes du Maghreb, la densité des populations et la juxtaposition des immeubles, châteaux de cartes et véritables cages à souries, les séismes deviennent de plus en plus meurtries et provoquent de sérieux carnages.

Tout d’abord, définissons le séisme.

Longtemps, les origines des séismes furent attribuées à des raisons religieuses et mythologiques. Suite à l’établissement de la théorie de Wagner au début du XXème siècle, concernant la dérive des continents, les explications sont devenues rationnelles et scientifiques.

Ainsi, l’homme a cru longtemps en une terre ferme sous ses pieds; or, l’écorce terrestre est constitués de plaques solides d’une certaine rigidité avec des contours bien délimités. Les frontières entre ces plaques sont appelées des failles. Sous les plaques, le manteau terrestre est constitué d’un liquide dense, visqueux et à très haute température. Mues par les courants de convection du manteau, les plaques sont en mouvement d’environ 1,5 cm par an. Ainsi, elle glissent les unes sur les autres, se heurtent et quand elles se livrent à ces œuvres, elles dégagent des énergies colossales, d’où les ondes qui naissent au sein des failles, se propagent et s’amplifient au-delà des foyers sur des parcours de centaines de kilomètres : c’est le tremblement de terre !

Aujourd’hui, le risque de présence d’activité sismique est cerné et correctement défini par les géologues sismologues pratiquement dans toutes les régions du monde (voir carte sismotectonique du Maghreb publiée dans l’Economiste du jeudi 29 mai 2003). Cependant, les prédictions dans le temps des secousses sismiques ainsi que leurs intensités ne sont toujours pas possibles aujourd’hui et échappent au formalisme scientifique. Au Maghreb, l’activité sismique est appréciable. Elle résulte des rapprochements entre les plaques africaines et eurasiennes. Ce territoire appartient au plissement alpin et occupe une position charnière où siègent des interactions et collisions entre ces plaques. D’où la nécessité pour les pays du Maghreb de se prémunir et se protéger cotre le risque sismique les guettant, persistant et admettant une grande probabilité d’occurrence à tout moment. Le constat franc d’aujourd’hui, c’est que nous ne sommes pas préparés à vivre de telles épreuves. La dernière catastrophe d’Alger et Boumerdes en est une bonne démonstration. L’adage « ça n’arrive pas qu’aux autres » peut recevoir une nouvelle confirmation. C’est vraisemblable et transposable au Maroc.

Quoique nous ayons noté avec satisfaction l’entrée en vigueur du règlement de construction parasismique (RPS 2000) à partir de septembre 2002, cette grande étape franchie a besoin de consolidation d’appui et de mise en pratique avec rigueur et sans failles !

Le comité national du génie parasismique établi, en conséquence, a de grands chantiers de travail : ci-dessous. Nous livrons quelques réflexions et axes stratégiques qui méritent approfondissement par des commissions spécialisées aboutissant à des recommandations et mise en application :

A-   A- Au Maroc, on continue, à ce jour, à construire notamment les bâtiments à trois étages et inférieurs sans plan de béton armé, sans la présence du bureau d’études, de contrôle, ou encore du laboratoire fournissant les preuves expérimentales de conformité pour jugement à la maîtrise d’œuvre.

A Fortiori, l’application du PRS !

B- Notre pays possède des décrets, des textes le loi et des règlements ; l’attention doit porter sur leur application stricte, le respect de leur mise en œuvre et une prestation rendue respectant leurs procédures et dispositions constructives.

C- Un travail juridique colossal doit être entrepris pour définir et décréter les responsabilités et missions dans l’acte de bâtir. Responsabiliser et accuser un seul intervenant sachant que tous les autres ne sont soumis à aucune obligation, ne peut conduire à la qualité recherchée.

D- Le règlement RPS 2000 doit être fréquemment révisé, amélioré et enrichi par les remarques des professionnels. Dans ce sens, le Laboratoire d’expertises, d’études et d’essais « L3E » signale ce qui suit : afin de remplir l’exigence du RPS 2000 concernant le béton à l’état durci qui doit admettre une résistance nominale supérieure à 22MPa, vu la densité de ferraillage, l’utilisation d’un adjuvant fluidifiant devient nécessaire, voire obligatoire pour conférer au béton frais la maniabilité suffisante et requise pour la mise en œuvre.

E- Etant donné que l’objectif de l’application du RPS 2000 est de limiter les dommages en vies humaines et en matériel, la sécurité des personnes doit être placée en toute première considération par rapport aux raisonnements sur les surcoûts et modalités de construire. La vie humaine n’a pas de prix.

F- Les études du béton armé et les études géotechniques des assises des sols par des bureaux et laboratoires spécialisés doivent être exigées et être préalables à tout acte de bâtir. Aujourd’hui, on peut assister dans notre pays à des écroulements d’édifices, sans aucune sollicitation extérieurs! (voir communiqué de presse de l’Economiste du 23 Avril 2003).

G- A supposer que désormais on construit selon les normes du génie parasismique, qu’en est-il de notre patrimoine existant ? Les bâtiments de classe 1, notamment selon le RPS 2000, ne méritent-ils pas des actions de renforcement et un programme de réhabilitation ? au risque de les voir s’écrouler au moment où en aurait le plus besoin ! (exemple : les hôpitaux et les bâtiments publics).

Se prémunir donc contre la catastrophe d’un séisme pour en réduire les effets néfastes est un devoir, une responsabilité de tous : autorités, ONG, société civile, etc.

Enfin, l’homme a toujours subi les effets des séismes et continuera à en subir les risques tant qu’il habite la terre. Nous ne pouvons empêcher les tremblements de terre ; nous ne pouvons prédire quand ils vont se manifester. Nous sommes en réalité à la merci de la furie de notre planète. Cependant, la mise en place d’un programme et une stratégie efficace vis-à-vis des aléas sismiques permettent d’en atténuer, en de grandes proportions, les pertes en vies humaines et en matériels.

Secrétaire général de l’Association Régionale du Conseil et d’Ingénierie de Tensift ARCI/T.

 

 

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