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Mardi 6 Janvier 2009

 

CPR: Publications

   

Etat des voiries urbaines au Maroc: Constat alarmant

Par Zaki SEKKAT

Docteur Ingénieur en Génie Civil

Dr Zaki SEKKAT

Economiste

Vendredi 16 Mai 2003

 

Etat des voiries urbaines au Maroc: Constat alarmant

Le spectacle qu'offrent nos voiries urbaines est désolant. Des crevasses par-ci, des affaissements par-là, des trous en pleines chaussées et des nids de poules parsemant les tapis d'enrobés bitumineux et des revêtements superficiels à peine achevés et mis en place.
Cet état s'est aggravé après les derniers épisodes pluvieux qu'a connus le Royaume cette année, notamment à l'occasion des orages violents caractérisant le climat méditerranéen. Il en a résulté une multitude de désordres et d'inconvénients un peu partout dans les cités marocaines: des voies quasiment impraticables, occasionnant des embouteillages et des accidents, une défiguration du paysage de la cité et finalement un état de frustration chez le citoyen et le touriste qui n'admettent pas ce délabrement. Nous ne jugeons pas utile d'illustrer ces propos par des photos. Ces phénomènes sont courants et présents dans nos principales cités industrielles impériales jusqu'aux petits villages.
Les tentatives de réparation sont généralement timides et inappropriées. Lorsqu'on aperçoit un affaissement, on se dit que ça va tasser encore. Alors, on met un tas de remblais à cet endroit. Ce qui transforme, pour un bon moment, ce passage en dos de dromadaire et donc un tronçon non fonctionnel.
Les origines de ces désordres sont multiples et diverses mais admettent en commun le principal élément moteur, à savoir l'eau et sa circulation. En effet, les actions anthropiques avec leurs vices cachés sont de véritables bombes à retardement qui n'attendent que la venue des eaux pour manifester chaos et tassements.
Dans ce qui suit, nous allons détailler cette problématique et livrer les recommandations à même d'atténuer, voire supprimer ces anomalies structurelles.

 

Manifestations d'effondrements suites à la présence de cavités souterraines (Khettaras) et nids de poule consécutifs avec défauts d'exécutions des travaux.


Il est d'abord utile de rappeler que les voies urbaines sont des ouvrages de génie civil abritant des tranchées qui constituent d'autres véritables ouvrages de génie civil, à savoir les réseaux d'assainissement, d'eau potable, le téléphone et même l'électricité. Une première règle à instaurer est la concertation et la coordination des travaux entre tous ces intervenants qui sont obligés de dialoguer pour réaliser leurs travaux en temps opportun, sans provoquer de préjudices à quiconque. En cas de défaillance d'un seul intervenant, le visage extérieur des voiries se trouve défiguré et des retombées négatives tant sur le plan économique que psychologique affectent les usagers.
L'individu peut se demander alors pourquoi une tranchée tasse, s'affaisse et défigure le paysage local et même la ville?
La réponse est simple: la tranchée constitue une singularité et discontinuité provoquées par l'homme dans le sol en place. C'est une incision plus au moins profonde dans laquelle est logée la conduite et comblée de matériaux de remblais remaniés. Naturellement, cette discontinuité différencie le comportement mécanique du sol en place doté de la cohésion naturelle et le remblai remanié. Le constat général est le tassement différentiel entre ces deux zones qui cause l'affaissement.
Ce tassement différentiel existe toujours, cependant, en cas de bonne exécution, il reste dans le domaine admissible ne portant pas préjudice à la voirie. D'où l'intérêt capital de veiller sur l'exécution de ces ouvrages de remblaiement selon les normes, les règles de l'art et les notes techniques en vigueur.
Ce travail devrait se dérouler en présence des professionnels en particulier le laboratoire qui témoigne par des essais la bonne exécution des différentes tâches de mise en oeuvre.
L'expérience du Laboratoire d'expertises d'études et d'Essais “L3E” à ce sujet, nous fait remarquer avec regret, que malgré l'existence des méthodologies et techniques rodées pour la bonne exécution des remblais, les entreprises en général négligent cette tâche. Les réalisations des remblais sont dans la quasi-majorité, mauvaises et renferment des vices cachés, qui sont de véritables bombes à retardement.

Les raisons sont diverses et multiples, nous citons:
- Remblais de mauvaise qualité;
- Compactage insuffisant;
- Technique de compactage à l'eau non adapté;
- Atelier de compactage et engins non adaptés;
- Non-respect de la procédure de compactage par couches successives;
- Non-étanchéisation de la conduite particulièrement de l'assainissement...

Ces constats découlent, d'une part, du non-professionnalisme de l'entreprise chargée de l'exécution et souvent aussi par les pressions sur les prix qui conduisent, par l'obligation de dégager les marges, à bâcler le travail.
Ainsi, une tranchée mal remblayée n'attend que l'élément moteur qui est principalement l'eau pour s'affaisser. L'eau finira toujours par être au niveau du remblai, soit par infiltration à travers la structure perméable de la chaussée, soit venant de la conduite d'assainissement elle-même, en cas de vétusté et ou débordement. A ce sujet, les orages violents occasionnent des débits importants et mettent souvent les conduites en charge, ce qui amplifie les fuites et l'action destructrice de l'eau. Nous recommandons un dimensionnement de ces conduites, leur permettant de fonctionner toujours en écoulement laminaire à surface libre. Le fonctionnement en charge doit revêtir le caractère accidentel et non permanent. Les remblais doivent être réalisés avec soin et selon les règles de l'art. Les affaissements qui apparaissent doivent être réparés de la manière suivante:

- Un curage du remblai lâche sur toute la profondeur de la tranché;
- Remblaiement par couches successives de 20 cm dûment compacté à 95% de l'OPM;
- La dernière couche de remblai doit être réalisée par une grave de ciment dosée à 5% de CPJ45.
Cette dernière disposition permettra une étanchéisation du corps du remblai et un meilleur épanouissement et répartition des contraintes de sollicitations du trafic.
- Remise de la structure de chaussée existante.

A part ces actions anthropiques, d'autres sources peuvent également contribuer à ces désordres sur les voiries urbaines. Prenons le cas de la cité impériale de Marrakech. Celle-ci renferme dans son sous-sol un réseau de galeries souterraines. Ce sont les Khettaras. Cet ouvrage initié par la dynastie des Almoravides constituait un réseau hydraulique acheminant l'eau de la montagne avoisinante (le Haut Atlas) vers la plaine de Marrakech. Ce réseau a été renforcé le long des civilisations qui se sont succédé à Marrakech et est resté fonctionnel et opérationnel jusqu'aux années 50 du siècle passé.
Sur le plan géomorphologique, ces galeries se sont développées dans des terrains compacts et encroûtés permettant ainsi leur stabilité structurelle. Elles admettent une pente douce orientée vers le drain principal régional, en l'occurrence l'oued Tensift. Elles ont une profondeur approximative à l'amont de 20m et à l'arrivée à Marrakech, elle est variable entre 5 et 10m. Ces galeries souterraines admettent des bouches cylindriques et verticales jusqu'au niveau du terrain naturel qui ont servi probablement à l'opération d'extraction des déblais du creusement des galeries. Ces bouches sont généralement distantes de 20 à 25 mètres.
Ainsi, ce réseau drainait les eaux de la nappe au pied des montagnes le long des cours d'eau (oued Ourika, celui de Ghmat, etc.) vers la ville de Marrakech et ses environs. Naturellement, lors des orages et des inondations des cours d'eau, les bouches recevaient un débit important et le réseau permettait l'épandage des eaux de crue.
A partir du milieu du siècle dernier, on a assisté à l'abandon de ce système et son remplacement par un réseau de distribution moderne géré par l'ONEP et la Radeema. Cet abandon et l'arrêt d'entretien de réseau de Khettara a provoqué sa ruine. Ainsi, les bouches se sont érodées, élargies et ont fini par obstruer les galeries.
Ce réseau pouvant être identifié à l'extérieur de la ville, notamment par les photos aériennes reste complètement masqué en ville. Il constitue un véritable labyrinthe et occasionne d'énormes soucis pour les ingénieurs concepteurs de système de fondations des ouvrages de génie civil.
Ainsi, lorsqu'une bouche de Khettara est repérée et identifiée, on doit procéder à son traitement de la manière suivante:
- Curage total du remblai lâche au niveau de la bouche jusqu'à la galerie;
- Mise en place d'une batterie de buses Ø1000 permettant la continuité de l'écoulement de l'eau dans la galerie;
- Enrobage de la batterie de buses par une grave ciment dosé à 5% de ciment. Cet enrobage admettra l'épaisseur de 20cm au-dessus de la génératrice supérieure des buses;
- Mise en place du remblai par couches successives convenablement compactées à 90% de l'OPM;
- La dernière couche du remblai de 20 cm d'épaisseur devra être stabilisée à 5% de ciment et compactée à 98% de l'OPM;
- Remise en place de la structure de la chaussée.
Une autre caractéristique de la ville impériale de Marrakech, c'est qu'elle se trouve implantée dans un quasi-oasis de palmeraies. La volonté des autorités de la ville pour garder le cachet et l'environnement paysager typique de cette cité interdisent de déraciner les palmiers. Ainsi aux niveaux des petites ruelles, on peut observer les palmiers en pleine voirie et sur les boulevards principaux aux abords des trottoirs et terre-pleins.
Aussi, on peut observer des affaissements dans des sites d'anciens palmiers qui ont disparu et dont les troncs n'ont pas été déracinés.
Au fil des temps et avec l'humidité et l'altération physico-chimique, le reste des palmiers en sous-sol se décomposent, se transformant en une matière organique extrêmement compressible et lâche donnant lieu à des endroits non porteurs d'où des affaissements localisés.
En pareil cas, nous recommandons le curage de cette matière organique décomposée et sa substitution par un remblai dûment compacté par couches successives de 20cm d'épaisseur, à 95% de l'OPM et la remise en état de la structure de la chaussée à cet endroit.
Ces considérations ne sont pas spécifiques à la ville de Marrakech. Beni Mellal, est caractérisée par la présence des “Kehfs”. Ces vides souterrains créés par les anciennes populations pour l'extraction des matériaux et constituant des abris en ces temps. La ville de Rabat connaît le phénomène des marmites. Ces sables lâches contenus dans des enceintes des grès durs et qui s'affaissent à l'occasion des sollicitations. D'autres régions, comme la ville Tadla, renferment des vides géologiques causés par la dissolution des gypses. Ce que l'on appelle communément les «vides karstiques».

 

 

Obstruction

L'état actuel de certains tronçons est inactif. Beaucoup de tronçons se trouvent complètement obstrués à l'amont, d'autres restent partiellement en état de fonctionnement. Suite à des orages, la pression d'eau au fond des galeries devient importante, provoquant parfois la réactivation momentanée de l'écoulement.
Cet écoulement s'accompagne souvent d'un affouillement et départ des matériaux, notamment au niveau des bouches, points névralgiques provoquant ainsi leurs affaissements.

Un ouvrage dynamique

Il n'est pas fortuit de rappeler qu'une voirie est un ouvrage dynamique et vivant. Il nécessite une réalisation suivant une démarche et un contrôle qualité avec le concours de toute la maîtrise d'oeuvre constituée des professionnels, ainsi qu'un programme préétabli de maintenance et d'entretiens périodiques pour toute sa durée de vie.

 

 

 

 

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