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Etat des voiries
urbaines au Maroc:
Constat alarmant
Par Zaki SEKKAT
Docteur Ingénieur en
Génie Civil |
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Vendredi 16 Mai 2003 |
Le
spectacle qu'offrent nos voiries
urbaines est désolant. Des
crevasses par-ci, des
affaissements par-là, des trous
en pleines chaussées et des nids
de poules parsemant les tapis
d'enrobés bitumineux et des
revêtements superficiels à peine
achevés et mis en place.
Cet état s'est aggravé après les
derniers épisodes pluvieux qu'a
connus le Royaume cette année,
notamment à l'occasion des
orages violents caractérisant le
climat méditerranéen. Il en a
résulté une multitude de
désordres et d'inconvénients un
peu partout dans les cités
marocaines: des voies quasiment
impraticables, occasionnant des
embouteillages et des accidents,
une défiguration du paysage de
la cité et finalement un état de
frustration chez le citoyen et
le touriste qui n'admettent pas
ce délabrement. Nous ne jugeons
pas utile d'illustrer ces propos
par des photos. Ces phénomènes
sont courants et présents dans
nos principales cités
industrielles impériales
jusqu'aux petits villages.
Les tentatives de réparation
sont généralement timides et
inappropriées. Lorsqu'on
aperçoit un affaissement, on se
dit que ça va tasser encore.
Alors, on met un tas de remblais
à cet endroit. Ce qui
transforme, pour un bon moment,
ce passage en dos de dromadaire
et donc un tronçon non
fonctionnel.
Les origines de ces désordres
sont multiples et diverses mais
admettent en commun le principal
élément moteur, à savoir l'eau
et sa circulation. En effet, les
actions anthropiques avec leurs
vices cachés sont de véritables
bombes à retardement qui
n'attendent que la venue des
eaux pour manifester chaos et
tassements.
Dans ce qui suit, nous allons
détailler cette problématique et
livrer les recommandations à
même d'atténuer, voire supprimer
ces anomalies structurelles.
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Manifestations
d'effondrements
suites à la
présence de
cavités
souterraines
(Khettaras)
et nids de
poule
consécutifs
avec défauts
d'exécutions
des travaux. |
Il est d'abord utile de rappeler
que les voies urbaines sont des
ouvrages de génie civil abritant
des tranchées qui constituent
d'autres véritables ouvrages de
génie civil, à savoir les
réseaux d'assainissement, d'eau
potable, le téléphone et même
l'électricité. Une première
règle à instaurer est la
concertation et la coordination
des travaux entre tous ces
intervenants qui sont obligés de
dialoguer pour réaliser leurs
travaux en temps opportun, sans
provoquer de préjudices à
quiconque. En cas de défaillance
d'un seul intervenant, le visage
extérieur des voiries se trouve
défiguré et des retombées
négatives tant sur le plan
économique que psychologique
affectent les usagers.
L'individu peut se demander
alors pourquoi une tranchée
tasse, s'affaisse et défigure le
paysage local et même la ville?
La réponse est simple: la
tranchée constitue une
singularité et discontinuité
provoquées par l'homme dans le
sol en place. C'est une incision
plus au moins profonde dans
laquelle est logée la conduite
et comblée de matériaux de
remblais remaniés.
Naturellement, cette
discontinuité différencie le
comportement mécanique du sol en
place doté de la cohésion
naturelle et le remblai remanié.
Le constat général est le
tassement différentiel entre ces
deux zones qui cause
l'affaissement.
Ce tassement différentiel existe
toujours, cependant, en cas de
bonne exécution, il reste dans
le domaine admissible ne portant
pas préjudice à la voirie. D'où
l'intérêt capital de veiller sur
l'exécution de ces ouvrages de
remblaiement selon les normes,
les règles de l'art et les notes
techniques en vigueur.
Ce travail devrait se dérouler
en présence des professionnels
en particulier le laboratoire
qui témoigne par des essais la
bonne exécution des différentes
tâches de mise en oeuvre.
L'expérience du Laboratoire
d'expertises d'études et
d'Essais “L3E” à ce sujet, nous
fait remarquer avec regret, que
malgré l'existence des
méthodologies et techniques
rodées pour la bonne exécution
des remblais, les entreprises en
général négligent cette tâche.
Les réalisations des remblais
sont dans la quasi-majorité,
mauvaises et renferment des
vices cachés, qui sont de
véritables bombes à retardement.
Les raisons sont diverses et
multiples, nous citons:
- Remblais de mauvaise qualité;
- Compactage insuffisant;
- Technique de compactage à
l'eau non adapté;
- Atelier de compactage et
engins non adaptés;
- Non-respect de la procédure de
compactage par couches
successives;
- Non-étanchéisation de la
conduite particulièrement de
l'assainissement...
Ces constats découlent, d'une
part, du non-professionnalisme
de l'entreprise chargée de
l'exécution et souvent aussi par
les pressions sur les prix qui
conduisent, par l'obligation de
dégager les marges, à bâcler le
travail.
Ainsi, une tranchée mal
remblayée n'attend que l'élément
moteur qui est principalement
l'eau pour s'affaisser. L'eau
finira toujours par être au
niveau du remblai, soit par
infiltration à travers la
structure perméable de la
chaussée, soit venant de la
conduite d'assainissement
elle-même, en cas de vétusté et
ou débordement. A ce sujet, les
orages violents occasionnent des
débits importants et mettent
souvent les conduites en charge,
ce qui amplifie les fuites et
l'action destructrice de l'eau.
Nous recommandons un
dimensionnement de ces
conduites, leur permettant de
fonctionner toujours en
écoulement laminaire à surface
libre. Le fonctionnement en
charge doit revêtir le caractère
accidentel et non permanent. Les
remblais doivent être réalisés
avec soin et selon les règles de
l'art. Les affaissements qui
apparaissent doivent être
réparés de la manière suivante:
- Un curage du remblai lâche sur
toute la profondeur de la
tranché;
- Remblaiement par couches
successives de 20 cm dûment
compacté à 95% de l'OPM;
- La dernière couche de remblai
doit être réalisée par une grave
de ciment dosée à 5% de CPJ45.
Cette dernière disposition
permettra une étanchéisation du
corps du remblai et un meilleur
épanouissement et répartition
des contraintes de
sollicitations du trafic.
- Remise de la structure de
chaussée existante.
A part ces actions anthropiques,
d'autres sources peuvent
également contribuer à ces
désordres sur les voiries
urbaines. Prenons le cas de la
cité impériale de Marrakech.
Celle-ci renferme dans son
sous-sol un réseau de galeries
souterraines. Ce sont les
Khettaras. Cet ouvrage initié
par la dynastie des Almoravides
constituait un réseau
hydraulique acheminant l'eau de
la montagne avoisinante (le Haut
Atlas) vers la plaine de
Marrakech. Ce réseau a été
renforcé le long des
civilisations qui se sont
succédé à Marrakech et est resté
fonctionnel et opérationnel
jusqu'aux années 50 du siècle
passé.
Sur le plan géomorphologique,
ces galeries se sont développées
dans des terrains compacts et
encroûtés permettant ainsi leur
stabilité structurelle. Elles
admettent une pente douce
orientée vers le drain principal
régional, en l'occurrence l'oued
Tensift. Elles ont une
profondeur approximative à
l'amont de 20m et à l'arrivée à
Marrakech, elle est variable
entre 5 et 10m. Ces galeries
souterraines admettent des
bouches cylindriques et
verticales jusqu'au niveau du
terrain naturel qui ont servi
probablement à l'opération
d'extraction des déblais du
creusement des galeries. Ces
bouches sont généralement
distantes de 20 à 25 mètres.
Ainsi, ce réseau drainait les
eaux de la nappe au pied des
montagnes le long des cours
d'eau (oued Ourika, celui de
Ghmat, etc.) vers la ville de
Marrakech et ses environs.
Naturellement, lors des orages
et des inondations des cours
d'eau, les bouches recevaient un
débit important et le réseau
permettait l'épandage des eaux
de crue.
A partir du milieu du siècle
dernier, on a assisté à
l'abandon de ce système et son
remplacement par un réseau de
distribution moderne géré par l'ONEP
et la Radeema. Cet abandon et
l'arrêt d'entretien de réseau de
Khettara a provoqué sa ruine.
Ainsi, les bouches se sont
érodées, élargies et ont fini
par obstruer les galeries.
Ce réseau pouvant être identifié
à l'extérieur de la ville,
notamment par les photos
aériennes reste complètement
masqué en ville. Il constitue un
véritable labyrinthe et
occasionne d'énormes soucis pour
les ingénieurs concepteurs de
système de fondations des
ouvrages de génie civil.
Ainsi, lorsqu'une bouche de
Khettara est repérée et
identifiée, on doit procéder à
son traitement de la manière
suivante:
- Curage total du remblai lâche
au niveau de la bouche jusqu'à
la galerie;
- Mise en place d'une batterie
de buses Ø1000 permettant la
continuité de l'écoulement de
l'eau dans la galerie;
- Enrobage de la batterie de
buses par une grave ciment dosé
à 5% de ciment. Cet enrobage
admettra l'épaisseur de 20cm
au-dessus de la génératrice
supérieure des buses;
- Mise en place du remblai par
couches successives
convenablement compactées à 90%
de l'OPM;
- La dernière couche du remblai
de 20 cm d'épaisseur devra être
stabilisée à 5% de ciment et
compactée à 98% de l'OPM;
- Remise en place de la
structure de la chaussée.
Une autre caractéristique de la
ville impériale de Marrakech,
c'est qu'elle se trouve
implantée dans un quasi-oasis de
palmeraies. La volonté des
autorités de la ville pour
garder le cachet et
l'environnement paysager typique
de cette cité interdisent de
déraciner les palmiers. Ainsi
aux niveaux des petites ruelles,
on peut observer les palmiers en
pleine voirie et sur les
boulevards principaux aux abords
des trottoirs et terre-pleins.
Aussi, on peut observer des
affaissements dans des sites
d'anciens palmiers qui ont
disparu et dont les troncs n'ont
pas été déracinés.
Au fil des temps et avec
l'humidité et l'altération
physico-chimique, le reste des
palmiers en sous-sol se
décomposent, se transformant en
une matière organique
extrêmement compressible et
lâche donnant lieu à des
endroits non porteurs d'où des
affaissements localisés.
En pareil cas, nous recommandons
le curage de cette matière
organique décomposée et sa
substitution par un remblai
dûment compacté par couches
successives de 20cm d'épaisseur,
à 95% de l'OPM et la remise en
état de la structure de la
chaussée à cet endroit.
Ces considérations ne sont pas
spécifiques à la ville de
Marrakech. Beni Mellal, est
caractérisée par la présence des
“Kehfs”. Ces vides souterrains
créés par les anciennes
populations pour l'extraction
des matériaux et constituant des
abris en ces temps. La ville de
Rabat connaît le phénomène des
marmites. Ces sables lâches
contenus dans des enceintes des
grès durs et qui s'affaissent à
l'occasion des sollicitations.
D'autres régions, comme la ville
Tadla, renferment des vides
géologiques causés par la
dissolution des gypses. Ce que
l'on appelle communément les
«vides karstiques».
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Obstruction
L'état actuel de
certains tronçons est
inactif. Beaucoup de
tronçons se trouvent
complètement obstrués à
l'amont, d'autres
restent partiellement en
état de fonctionnement.
Suite à des orages, la
pression d'eau au fond
des galeries devient
importante, provoquant
parfois la réactivation
momentanée de
l'écoulement.
Cet écoulement
s'accompagne souvent
d'un affouillement et
départ des matériaux,
notamment au niveau des
bouches, points
névralgiques provoquant
ainsi leurs
affaissements.
Un ouvrage dynamique
Il n'est pas fortuit de
rappeler qu'une voirie
est un ouvrage dynamique
et vivant. Il nécessite
une réalisation suivant
une démarche et un
contrôle qualité avec le
concours de toute la
maîtrise d'oeuvre
constituée des
professionnels, ainsi
qu'un programme
préétabli de maintenance
et d'entretiens
périodiques pour toute
sa durée de vie.
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